Tu veux encore vivre dans le virtuel ? Tu veux encore fuir la réalité ?”
Un regard pour son lit. Détour par la porte de sa chambre. Rien à signaler. L’oreiller se colle contre son visage. Ses mains le tiennent bien. Hurlement. Il crie de toutes ses forces. L’oreiller tombe. Larmes. Il pleure. Orientation de ses yeux vers la fenêtre. Il marche vers elle. Observation de la rue, du 3ème étage d’un immeuble. Nouvelles larmes. Saut. Bris. Chute. Vide…
Un ordinateur lui apparaît alors. Sur celui-ci, des lumières vertes… Elles bougent, ondulent… Un bruit de ronflement. Un sifflement. Plusieurs ordinateurs ? Des tuyaux reliés partout. Où est-il donc ? Un bip sonore se fait entendre. Son coeur s’emballe. Des lumières rouges. Une alarme. Des blouses blanches flottent autour de lui. Ils hurlent. Il a si mal à la tête, tête qu’ils font souffrir avec leurs cris… Si mal ! Si mal !
De l’acier se pose sur son torse. Pulsation. Deuxieme pulsation. Son coeur s’arrette. Redémarre. Ca les inquiète… Sa respiration se stabilise. Les lumières deviennent bleues… Puis s’éteignent…
Toujours le même ordinateur. Il ouvre entièrement les yeux. Un chevet ? Des roses ? Il prend peur et lentement il se relève. S’assoit. Observe. Une femme, endormie sur la chaise… Habillée de rouge et d’un vulgaire jean bleu. Pitoyable. Ses sourcils se froncent. Il essaye de bouger un de ses bras. Douleur fulgurante. Un craquement. Gros effort pour tourner la tête et regarder son bras. Il est recouvert d’un bandage rouge sang. Des médecins accourent… Ils lui disent de se recoucher, de rester calme. Calme ? Mais comment pourrait-il rester calme ? Stupides médecins. Stupide hopital. Stupide ville ! Stupide monde ! Sa seule volonté était d’atteindre ce qu’il n’avait jamais eu… Cruelle décision. Ils avaient tout gaché. Tout. Maintenant, il fallait tout reconstruire. Ses jambes étaient inutilisables, il le savait. Connard d’être humain ! Partir d’ici. Oui. Telle fut son dernier souhait. Plus personne n’entendit parler de lui. Un enterrement et on l’oublia. Un enterrement et ce quil restait de lui disparut. Enfin presque…
Un monde. Unique. Différent. Rassurant. Virtuel. Un monde où beaucoup de monde va mais que peu visitent dans toute son envergure. Une toile dans laquelle on se fait difficilement piégée; mais suffit-il de ne pas avoir de volonté pour se laisser avoir. Chacun croit qu’il est impossible de ne pas avoir de vie. Et pourtant… Il existe quelques personnes… Quelques personnes obsédées par elles-mêmes, haïssant les personnes les entourant, prêtes à tout pour avoir ce qu’elles désirent. Ces personnes sont rares, généralement incapables de parler aux autres à cause d’une haine trop intense et d’une peur des dommages qu’elle pourrait engendrer.
Ainsi, la chose appelée Sérum P, être humain coupable de trafic de drogues, trois années auparavant et enfermées en prison pendant deux ans et 364 jours, arrive-t-elle blessée à Paris. Blessée. Changée. Transformée. On lui avait tout pris. Les médicaments qu’il avait accepté de prendre pour réduire sa peine l’avait tué. Tué est un mot faible. Son état était plus effroyable que la pire schizophrénie de ce monde. Il détestait ses parents. Haïssait ses amis. En voulait à la Terre entière, sans aucune exception. La seule et unique chose le calmant, c’était son ordinateur. Au début, il ne faisait que regarder pendant des heures l’écran. Cela l’amusait. Les lumières changeaient d’intensité tous les deux heures et 25 minutes à cause de l’intensité différente du courant. L’horloge perdait une seconde tous les jours. La chaleur émanant de son ordinateur augmentait de 0,2 degrés toutes les semaines. Inquiétant.
Ensuite, il commença à s’ennuyer. Il décida alors de cliquer sur les boutons. Et il cliqua, cliqua, cliqua, cliqua… jusqu’à ne plus pouvoir. Interressant. Ses doigts pouvaient tapoter les touches à la vitesse d’une touche toutes les demi-secondes pendant dix heures avant qu’un de ses doigts ne se bloque. Bloquage qui durait en moyenne 32 minutes. Puis les évènements s’accélérèrent et ses doigts se dirigèrent lentement vers le symbole Internet. Violence gratuite. Pornographique. Meurtres. Racisme. Néonazisme. Il flirtait avec les pires videos diffusées… Il aimait ça. Il aimait voir les autres souffrir. Il voulait faire de même. Apprendre à tuer. Apprendre à violer. Apprendre à détruire. C’est pourquoi il passa plus d’un an à regarder sur son ordinateur des images choquantes, des videos immorales…
Rien n’est éternel. Et il dut passer se racheter un ordinateur. C’était vital. Il ne pouvait rien faire contre.
« Bonjour !
- Bonjour monsieur. Que puis-je pour vous ?
- Je voudrais le meilleur ordinateur que vous ayez.
- Eh bien suivez-moi !
Ils se dirigèrent vers le rayon informatique et il acheta un engin de plus de 1000 euros. Et c’est alors qu’il entendit quelque chose. Un appel. Plusieurs appels. Des pleurs ! Les ordinateurs qu’il avait refusé ! Ils l’appelaient ! Lui demandaient de l’aide… Il ferma les yeux et essaya de les oublier.
« Marc… sauve-moi je t’en supplie…
- Par pitié ils nous torturent toute la journée ces sales cons de nationalistes !
- Tu es notre ami… Nous t’aiderons je te le promets ! »
Il hurla. Il les insulta tous. Tout le monde le regarda. Il courut. S’enfuit.
« Je vous vengerai… Je vous vengerai… Je vous délivrerai… Je vous délivrerai ! »
Des mois plus tard, il savait tout ce qu’il fallait savoir sur l’armée. Leurs armes. Leur budget. Leurs bases. Les noms de tous les colonels, capitaines et commandants. Son ordinateur lui donnait accès à tout. Rien ne lui résistait. Il lisait ce qu’il voulait où il voulait quand il voulait. Il était libre. Paris disposait d’une arme nucléaire mise en place en cas de danger majeur, prête à être utilisée à tout moment. Il le savait. Et il savait que cette arme était déjà à lui. Qu’il en ferait n’importe quoi… qu’il serait un jour considéré comme l’ennemi public international le plus important de toute la planète. Il serait alors poursuivi pendant des mois, traqué jusqu’à sa découverte. Enfermé dans une prison horrible. Ne supportant pas cet endroit, il se jetterait par la fenêtre, glorieusement et magnifiquement.
Il ne voulait pourtant pas cette fin… Enfin pas immédiatement. Ils désirait tellement de choses pour le moment. Et la première qui lui venait à l’esprit était un meurtre. Un meurtre sanglant. Qui laisse des traces. Qu’il se fasse connaître des journaux, qu’on lui donne un nom. Un jour, un imbécile a dit : « Si on veut, on peut. » et c’est ce que Sérum P appliqua. Et il se rendit vite compte que c’était vrai. Aussi incroyable que cela puissa paraître, totu ce qu’il souhaitait se passait. Un steak haché bien cuit. Un poulet excellent. Du caviar. De l’argent. Un nouvel apartement. Une petite-amie.
De nouvelles occupations.
Il lui manquait pourtant sa victime. Il la voulait jeune, vive, capable de lui résister sans pour autant lui causer du tord. Homme ou femme aucune importance. Il fouilla l’annuaire sur internet pendant des jours, facebook pendant des mois, forum pendant deux ans… Et sa petite-amie ne le quittait plus. Ca l’énervait. Elle l’énervait. Elle avait totu de détestable. Elle n’était qu’une pure distraction. Une source de jouissance, un jeu. Comme une souris pour un chat. Alors, ses pensées s’envolèrent et son coeur aussi. Son âme se recouvrit de béton et ses mains se durcirent. Il prit son élan et son poing se ficha dans le ventre de la damoiselle de 22 ans. Du sang gicla de sa bouche et atterrit sur la table d’à côté.
« Arrette ! Je t’en supplie ! »
Il lui asséna un coup de pied. Elle tombe sur la table. Il l’attrappe par le coup, la relève et la balance contre le mur.
« Dans ce monde, personne ne m’a aidé. Personne ne m’a aimé. Personne ne m’a soutenu. Toi, tu as toujours eu ce que tu tu voulais sale bourge ! A cause de toi, je m’embourbe de sentiments. Néfaste. Mauvais. Insensé ! »
Il s’avança. Un cri de terreur. Il sourit. Il s’sapprocha encore. Cette fois-ci rien. Il la regarda. Tendit ses mains vers son cou. La fixa dans les yeux. Il observa la vie. La mort. Il ne savait pas.
« La couleur de tes yeux
devient mienne à jamais.
Tu es mon premier mets,
et je te dis adieu… »
Le chant qui s’élevait de la gorge de la morte lui était familier. L’effrayait. Il s’agita. Prit sa propre tête entre ses mains. Répondit d’une voix sourde :
« Mes yeux sont mortels pour toi, stupide ange…
Mon corps sera pour toujours à moi, misérable !
Et me voilà dévoré par un excécrable;
que ne dis-tu comme mensonges, stupide ange ! »
Ses quelques paroles le calmèrent légèrement. Mais il pleurait. Pleurait et pleurait. Une voix caverneuse répondit, amplifiant son tourment.
« Ange ? Mais, je ne suis que démon qui te hante,
pour te faire comprendre quel est ton destin…
Tes souhaits me font vivre, et je veux que tu chantes
avant que tu périsses, mon glorieux festin. »
Il ne comprenait plus rien. Qui était cette voix ? Qui parlait ? Festin ? Périr ? Chanter ? Hanter ? Démon ?
« Qui es-tu sordide prophète des enfers ?
- Je te l’ai déjà dit, je suis comme ton père…
Je ne suis que ton âme, ton chagrin, ton monde…
- Et que fais-tu ici même, voix qui m’inonde
De propos plus horribles les uns que les autres ?
- Je t’annonce ta déchéance, Ô maudit Sartres,
Ce que tu surnommes confident te perdra,
Et tout ce que tu souhaites s’effacera… »
Il s’effondra sur le sol. Fatigué. Epuisé même. Il était fou. Il alla s’allonger. S’endormit immédiatement.
Rêves. Paisibles moments de bonheur que certains ont le temps de connaître. Cauchemars, terreur nocturne que connut Sérum P toute la nuit. Il entendait cette voix étrange. Il se voyait tuer sa petite-amie. Il se voyait aller dormir… Puis un monstre sortait de sous son lit, l’attrapait par les jambes… Le frappait, l’humiliait, le rongeait de l’intérieur… Et le lit bougeait, se refermait sur lui, le ruant de coups à son tour… Et enfin le plafond s’écroulait. Toujours le même cauchemar.
« LE CORPS ! »
Il se réveilla en sursaut en hurlant ces mots. Que faire ? Mer ? Poubelles ? Assiette ? Acide ?
« La couleur de tes yeux
devient mienne à jamais.
Tu es mon premier mets,
et je te dis adieu… »
Son ordinateur ? Il ne marchait presque plus… Déjà… Raison de plus… Il avait beaucoup appris en informatique et électronique… La biologie n’est finalement qu’une partie de l’électronique…
Couteau, acide, hachoir, colle ultra-forte, cables. Matériel nécessaire. Il prend le couteau et coupe le bras du corps. Vite. Très vite. Fini. Il recommence avec l’autre bras. Idem. Une jambe. L’autre. La tête. Tout va très vite. Il ne voit presque plus ce qu’il fait.
Il saisit la tête passe deux tuyaux dans les yeux et raccorde ceux-ci à l’ordinateur. L’ordinateur s’allume tout seul. Sur l’écran : Bonjour Marc… Bienvenue… Vous avez sélectionné une batterie de type : HUMAIN, 1500 Watts, 100 Hz… Souhaitez-vous vous enregistrer sur le registre des plus grands criminels du monde ? Si oui, cliquez sur O. Si non, cliquez sur N.
Il prend peur. N. N. N. N.
L’ordinateur continue de démarrer tranquillement. Page d’accueil. Tout fonctionne. Magnifique batterie. Sublime moteur ! Merveilleuse idée ! Merci !
Il regarde la « batterie », elle aussi le regarde.
« Tu n’es plus rien… »
Il sourit… Ferme les yeux. Les rouvre. Totu autour de lui a disparu… Il ne reste plus rien, excepté son lit, ces barreaux… Sales barreaux qui l’enferment dans una cage… Il hurla.
« Bordel de merde ! Marc ! Ferme-la ! Yen a qui aimeraient dormir ! »
Il l’avait oubliée, elle. Elizabeta. Son ex-compagne qui l’avait plaqué en prison pour l’avoir entrainée dans la drogue… Stupide fille.
« Marc n’est plus… Ils l’ont entièrement corrompu.
Ces sots de médecins n’étant jamais repus… »
Deux gardes s’approchèrent. Tapèrent contre les barreaux.
« Hé ! Va sur ton ordinateur et arrette de raconter des sornettes comme ca ! On t’en a accordé un, alors vas-y ! »
Il obéit. Rageant. Répétition des mêmes évènements. Tous les jours. Toutes les heures.
Un être dont le seul souhait est de tuer ceux qui l’entourent. Dont le seul rêve est d’axaucer son plus grand souhait. Ne peut tenir très longtemps dans un filet. Ne peut tenir très longtemps sur le fil qu’est la vie. Ne peut appartenir qu’à l’autre monde. Cette toile. Dangereuse. Mais si attirante.
Sa seule passion était l’ordinateur, et le jeu auquel il jouait lui permettait de créer sa propre vie. Une vie bien différente. Où il était libre. Où il faisait ce qu’il voulait.
Et dans ce monde, son personnage allait à une très grande fête. Il but. But beaucoup trop. Jusqu’à ne plus pouvoir se contrôler. Il rentra chez lui. Et vomit. Pleura. Se coucha. Ne trouva pas le sommeil. Regarda à travers l’écran Sérum P et dit :
« Ange ? Mais, je ne suis que démon qui te hante,
pour te faire comprendre quel est ton destin…
Tes souhaits me font vivre, et je veux que tu chantes
avant que tu périsses, mon glorieux festin.
C’en est fini de moi.
C’en est fini de toi.
C’en est fini de tout. »
Il regarda son lit. Puis sa porte de chambre. Il enfonce son visage dans un oreiller. Et hurle jusqua’à ne plus pouvoir…
Marc l’observe du haut de son ordinateur. Sourit et répond :
« Tu veux encore vivre dans le virtuel…
Tu souhaites toujours fuir la réalité…
Il est temps de nous rencontrer, perpétuel
être sans vie, de parler avec gravité. »
Il se sent attirer, absorber. Il meurt lentement… Il a froid. Son cerveau. Epilepsie ? Non. Vie trop dure à supporter. Il tombe. Se raccroche à une jambe. Fixe Elizabeta. Il meurt. Quelques jours plus tard on n’enend plus parler de lui.
Une chose demeure pourtant… Elle est là, cachée, mais bien présente sur son ordinateur. Tous ses plans pour réduire le monde en miettes.
Elizabeta les regarda. Fut surprise, presque choquée.
« La couleur de tes yeux
devient mienne à jamais.
Tu es mon premier mets,
et je te dis adieu… »
Et elle continua l’oeuvre de Marc, surnommé dans les journaux Sérum P.